Interview : Guillaume MONTIAGE
Guillaume
MONTIAGE est l'auteur de nombreuses soirées enquêtes,
dont "La mort s'habille de blanc" et "Beverly Place"
(éditées par Asmodee).
Scénariste forcené, maniaque de la perfection, Guillaume
MONTIAGE est devenu un personnage incontournable du milieu francophone
de la murder party.
Murder2000 : Bonjour. "Minuit dix à
Whitechapel" est sorti en février en
kiosque. C'est l'achèvement d'une longue aventure, non
?
Guillaume MONTIAGE : Tout d'abord, bonjour et merci de m'avoir
proposé cet entretien. Si "achèvement d'une grande
aventure" il y a eu, je dirais que c'est plutôt à
l'occasion de la parution de "la mort s'habille de blanc".
Comme pour tout, c'est la première fois qui te laisse le
souvenir le plus fort. Concrètement, j'ai eu bien plus l'impression
d'aboutir à quelque chose quand Asmodée m'a dit banco
pour publier la soirée enquête qui à ce moment
là, portait encore le nom de "revolver et bistouris"
qu'à la sortie en kiosque de "minuit dix à Whitechapel".
La collaboration avec Casus
Belli n'a finalement été qu'une conséquence
logique de cette première publication. Je ne me fais pas
d'illusions : si Casus Belli m'a contacté, c'est bien parce
que j'avais deux publications à mon actif. Pour autant, je
ne minimise pas la sortie de "Minuit dix à Whitechapel"
: quoi qu'on en dise, pour moi Casus a toujours un petit coté
mythique. C'était le magazine que je dévorais dans
ma période rôlistique, et qu'on me propose d'y publier
un de mes scenarii, ça reste un grand moment !
Murder2000 : Y a-t-il d'autres scénarios
qui sont en préparation pour ce type de publication ?
G.M. : Non, pas pour l'instant. Mais concrètement, des magazines
de jdr en France, il n'y en a pas 50.000 : Casus, Backstab, D20
mag. J'en ai pas d'autres en tête.
Par contre, une de mes soirées enquête intitulée
"Je mourrai en ce royaume." (j'ai jamais été
fort pour les titres) va paraître dans un H.S. spécial
murder du fanzine "Chrysopée".
D'après mes infos il y aura également une murder
de Scat dans ce H.S. Que du bon quoi !
Murder2000 : Guillaume Montagne, c'est
un nom de scène/plume/artiste ?
G.M. : Il est taquin... En fait, c'est un truc que je comprends
vraiment pas : je suis quand même over connu all around the
world (ça se voit pas trop à l'écriture, mais
j'ai pris mon accent à la Jean Claude Van Damme).
Des hordes de fan campent devant chez moi; ma boite mail est saturée
tous les jours; je reçois chaque matin des dizaines de sacs
de lettres de gens qui m'admirent; dans la rue, les femmes se jettent
sur moi pour m'arracher mes vêtements; il parait même
que je suis considéré comme l'égal des Dieux
au Japon et dans le Cantal; Spielberg et Lucas me font un pont d'or
pour que je collabore avec eux et malgré tout ça,
Casus Belli se goure en orthographiant mon nom !!! Incroyable non
? Bien évidemment, j'ai laissé l'affaire entre les
mains de mes avocats.
Bon en fait, c'est juste une bourde de Casus. Maintenant, ça
a bien fait marrer mes potes (et toi aussi visiblement), c'est l'essentiel.
Murder2000 : Depuis combien de temps êtes-vous
scénariste de murders ?
G.M. : J'ai écrit ma première murder en 1997. La
soirée s'appelle « Entre mer et lune ». Je l'ai
écrite quelques semaines après avoir joué «
l'ivresse des profondeurs ». On venait de découvrir
les soirées enquête et on en était tout retourné
: comment diable avions-nous pu passer à coté de ça
?? On était jeunes, inconscients, la tête plein d'idéaux,
prêts à changer le monde. En fait, je m'étais
inspiré de « le dirigeable des menteurs », un
scénario paru dans Casus Belli et basé sur l'excellent
jeu de rôle « L'appel de Cthulhu ». Ça
m'a pas mal aidé pour poser les base du scénario de
la soirée.
Jusque là et comme tout MJ je pense, j'avais écrit
quelques scénarios de JdR pour jouer entre potes. Pour la
première fois, je m'attaquais à un gros morceau puisqu'il
me fallait TOUT rédiger.
Je crois que j'avais besoin de ce premier support pour me rassurer
en quelque sorte. On s'est vraiment bien amusé à cette
soirée, et du coup, j'ai continué sur ma lancée.
Murder2000 : En tant que joueur, qu'est-ce qui
vous plait ou vous déplait dans certains scénarios
? Pourquoi ?
G.M. : En tant que simple joueur (tout comme en tant qu'auteur
finalement), ce que je recherche avant tout, c'est le dépaysement.
C'est être transporté dans un univers différent
à chaque fois qui m'intéresse : passer du rôle
d'un sombre pirate comme c'était le cas pour l'excellente
murder écrite par Frédéric Barnabé «Un
pirate ne meurt jamais » au rôle d'un ange comme dans
« Dieu est mort » en passant par celui d'un gangster
comme dans « Les salauds se cachent pour mourir » ;
c'est vraiment génial.
Bien évidemment, le scénario en lui-même doit
suivre...
Murder2000 : Comment définiriez-vous
une bonne murder-party ?
G.M. : Une soirée enquête réussie est à
mon avis fondée sur quatre éléments indispensables
: une bonne ambiance, une intrigue bien ficelée, des personnages
équilibrés et la famille.
Pour ce qui est de l'ambiance, je cherche avant tout à ce
qu'elle soit dépaysante et classique en même temps.
Dépaysante pour que les joueurs n'aient pas l'impression
de rejouer la même murder à chaque fois. Classique
pour que le joueur se sente déjà en terrain connu
quand il arrive dans la partie. C'est pour ces deux raisons que
je cherche toujours un thème fort, connu et commun à
tous et souvent inspiré du cinéma ou de la télévision
(western, slash movie, urgences etc.). Bien que je ne l'ai pas lue,
« la doctrine Mc Beck » me semble intéressante
au moins sur ce point là. Le thème (une secte zarbi)
a le gros avantage d'être clair et défini au départ.
Une fois le thème bien cadré et défini, l'intrigue
est plus facile à poser. Il faut qu'elle s'intègre
parfaitement dans l'ambiance et qu'elle réserve son lot de
surprises et de retournements de situation. Ma plus grande récompense
est quand je vois l'émotion gagner un joueur soit parce qu'il
a peur, soit parce qu'il s'est fait feinter (« c'est pas vrai,
comment j'ai pu passer à coté de ça ??!! »),
soit parce qu'il vient de découvrir un truc incroyable. Toutefois,
là encore, la surprise ou le retournement de situation ne
doit pas dépareiller d'avec l'ambiance.
Je reste assez déçu par les intrigues où tout
d'un coup une part de fantastique totalement inattendue et souvent
inappropriée à mon avis fait son apparition. À
la rigueur, si tous les joueurs pouvaient s'en douter par le biais
d'allusions dans les fiches de personnages ou d'un thème
particulièrement évocateur (j'ai par exemple dans
l'idée que personne n'aurait trouvé totalement inapproprié
le fait de trouver une intrigue à la « Dr Jekyll et
Mr Hyde » dans « Minuit dix à Whitechapel »)
pourquoi pas, mais quand ça arrive comme un cheveu sur la
soupe, je suis contre !
Enfin, les personnages doivent être équilibrés.
Rien de pire qu'un joueur qui se retrouve avec un personnage qui
en sait deux fois moins que son voisin et qui a l'impression d'être
en dehors des discussions principales (ça m'est déjà
arrivé en tant que joueur, et c'est assez frustrant je dois
dire.).
Murder2000 : Et la famille ??
G.M. : Elle va bien, merci.
Murder2000 : Quelles sont les qualités
du joueur idéal ?
G.M. : Le joueur idéal est évidemment celui qui s'implique
dans son personnage que ce soit par son costume (très important
le costume), son accent et autres détails pittoresques et
sa motivation à dénouer l'intrigue. Accessoirement,
s'il lit sa feuille de personnage avant de venir à la soirée,
c'est un plus (je dis ça pour certains de mes joueurs qui
se reconnaîtront.).
Mais avant tout, le joueur idéal doit avoir une sérieuse
envie de s'amuser. Je dois dire qu'en fait, j'ai rarement vu de
mauvais joueurs. Bien sûr, certains sont bien meilleurs acteurs
(moi-même je suis assez mauvais acteur) et d'autres résolvent
les énigmes avec plus de perspicacité. Mais dans l'ensemble,
l'envie de jouer fait que dans à peu près toutes les
parties, chacun a eu droit à son heure de gloire et personne
n'est ressorti frustré d'une soirée.
Et puis je dois également dire que mes joueurs les plus
anciens ont toujours eu le bon goût de faire participer et
d'impliquer les nouveaux joueurs de façon à ce qu'ils
ne se sentent pas exclus. C'est primordial dans une partie.
Murder2000 : Pourquoi les plaques d'égouts
sont-elles rondes ?
G.M. : Pour pas les confondre avec des fraises des bois.
>Murder2000 : Racontez-nous une anecdote,
un évènement lors d'une murder party ?
G.M. : Un soir en cours de partie, j'ai fait une découverte
incroyable sur un de nos joueurs habituels (Didier pour ne pas le
nommer). On avait tous dans l'idée qu'il ne lisait pas ses
persos, qu'il venait aux murders en ayant une vague connaissance
de l'histoire, et qu'il improvisait ses blagues (c'est bien lui
qui est cité le plus grand nombre de fois dans nos rubriques
"les meilleures répliques"). Et bien, en fait,
il n'en est rien.
Didier prépare ses rôles de façon méthodique,
relisant et analysant précisément chaque ligne du
texte qui lui a été remis pour préparer la
soirée. Je l'ai découvert en plein milieu de partie
en tombant sur sa feuille de perso qui avait glissé de sa
poche. Et aujourd'hui, je peux le révéler à
la face du monde : Didier prépare ses blagues à l'avance
!! (eh oui mesdames, messieurs, c'est incroyable mais c'est comme
ça !) Il note scrupuleusement les jeux de mots et autres
boutades qu'il va pouvoir faire en cours de partie. Et dire que
je restais persuadé qu'il était drôle spontanément.
Par contre, là où je lui tire son chapeau c'est que
sous une apparence désinvolte frisant la gaudriole, il parvient
la plupart du temps à dénouer pas mal d'intrigues
et sait être sérieux quand il le faut. Comme quoi,
il ne faut pas oublier que la soirée enquête reste
avant tout un jeu où il convient de s'amuser.
Ah, j'ai aussi l'anecdote où il y a réellement eu
un mort en cours de soirée, mais j'ai plus de place pour
vous la raconter.
Murder2000 : Que pensez vous de l'initiative
de MURDER2000 de rassembler en un seul lieu le plus grand nombre
de scénarios pour tous types de joueurs ? (raâaah ça
fait du bien un peu de lèche bottes)
G.M. : Depuis le fil à couper le beurre, on a pas trouvé
mieux !! Ah si ! La sauce tomate en tube (c'est bon ça la
sauce tomate en tube.)
Murder2000 : Quel est l'élément
le plus important pour la réussite d'une murder party ?(réponses
possibles : de bons joueurs, une ambiance du feu de Dieu, des morts
par milliers et Samantha Fox en danseuse orientale)
G.M. : L'élément le plus important à mes yeux
(et au risque de me répéter) reste tout de même
l'ambiance générale. C'est vrai que j'affectionne
plus particulièrement les ambiances fun à la Beverly
Place ou Dieu est mort, où l'intrigue reste presque secondaire
et où tu te fends la poire toute la soirée. Mais d'un
autre coté, la soirée dont je suis le plus content
techniquement et scénaristiquement (oui j'invente des nouveaux
mots et alors ?) parlant fait moins dans la gaudriole puisqu'il
s'agit de Meurtre à Casablanca. Oui, je sais, le titre est
tout pourri.
Murder2000 : Quels seraient les conseils donner
à un futur scénariste ?
G.M. : Je ne sais pas si j'ai vraiment des conseils à donner.
Je vais plutôt essayer de décrire la façon dont
je m'y prends pour écrire une soirée.
D'abord, je cherche un bon thème : il doit surprenant et
classique à la fois (pour ceux qui suivent, je l'ai déjà
expliqué en long, en large et en travers plus haut). Ça
c'est la partie la plus facile. Le point de départ est souvent
un film, un bouquin, une BD, une émission TV, un plat de
lasagnes (c'est plus rare, mais ça arrive) etc. Ensuite,
il faut asseoir l'intrigue. Ce que je fais d'habitude, c'est que
je cherche les grosses intrigues ou anecdotes classiques qui portent
autour du thème en question et je les liste. Par exemple
pour « Minuit dix à Whitechapel » j'ai listé
toutes les idées qui me venaient par rapport à ce
thème : Jack l'éventreur, Jekyll and Hyde, Sherlock
Holmes, H.G. Wells et sa machine à explorer le temps, les
Indes, Jules Verne et le tour du monde en 80 jours, les sectes etc.
Dans un premier temps, je cherche avant tout à taper dans
le cliché quitte à modifier tout ça ensuite
pour surprendre mes joueurs.
A coté de ces idées très simples, je décris
une ou deux intrigues qui pourraient coller à l'idée
en question et donc au thème. Là encore, ça
tient en quelques lignes à peine. Ensuite, je laisse tout
reposer pendant quelques jours et rapidement, les connexions possibles
se font assez naturellement ; les différents personnages
s'imposent, des intrigues s'éliminent d'elles-mêmes
et d'autres prennent le dessus.
Je schématise alors le tout sur un brouillon (Robert connaît
Marcel qui a couché avec Josiane, la belle soeur de Francis
etc.). Une fois les persos définis dans les grandes lignes,
je les équilibre tant bien que mal en les intégrant
dans les différentes intrigues.
Ce que je fais assez souvent également c'est que je recherche
des idées de scènes qui pourraient surprendre les
joueurs. Généralement, j'y pense en fin de processus,
quand tous les persos sont écrits. Mais l'idée peut
venir dès le début : le point de départ de
Beverly Place par exemple est uniquement le coup de fil ! Toute
la soirée est partie de cette simple idée «
eh, ce serait cool si en plein milieu de soirée, un gars
téléphonait aux joueurs ! » (comme quoi, ça
tient à pas grand chose).
Et enfin : les joies de la rédaction. Aaah, toutes ces heures
passées à taper du texte avec mes petits doigts boudinés,
à m'esquinter les yeux sur l'écran et à ressortir
de cette expérience bronzé comme une endive. Un régal
!
Murder2000 : Guillaume, merci.
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