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   11/05/2008

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Interview : Guillaume MONTIAGE

Guillaume MontiageGuillaume MONTIAGE est l'auteur de nombreuses soirées enquêtes, dont "La mort s'habille de blanc" et "Beverly Place" (éditées par Asmodee). Scénariste forcené, maniaque de la perfection, Guillaume MONTIAGE est devenu un personnage incontournable du milieu francophone de la murder party.

 

Murder2000 : Bonjour. "Minuit dix à Whitechapel" est sorti en février en kiosque. C'est l'achèvement d'une longue aventure, non ?

Guillaume MONTIAGE : Tout d'abord, bonjour et merci de m'avoir proposé cet entretien. Si "achèvement d'une grande aventure" il y a eu, je dirais que c'est plutôt à l'occasion de la parution de "la mort s'habille de blanc". Comme pour tout, c'est la première fois qui te laisse le souvenir le plus fort. Concrètement, j'ai eu bien plus l'impression d'aboutir à quelque chose quand Asmodée m'a dit banco pour publier la soirée enquête qui à ce moment là, portait encore le nom de "revolver et bistouris" qu'à la sortie en kiosque de "minuit dix à Whitechapel".

La collaboration avec Casus Belli n'a finalement été qu'une conséquence logique de cette première publication. Je ne me fais pas d'illusions : si Casus Belli m'a contacté, c'est bien parce que j'avais deux publications à mon actif. Pour autant, je ne minimise pas la sortie de "Minuit dix à Whitechapel" : quoi qu'on en dise, pour moi Casus a toujours un petit coté mythique. C'était le magazine que je dévorais dans ma période rôlistique, et qu'on me propose d'y publier un de mes scenarii, ça reste un grand moment !

 

Murder2000 : Y a-t-il d'autres scénarios qui sont en préparation pour ce type de publication ?

G.M. : Non, pas pour l'instant. Mais concrètement, des magazines de jdr en France, il n'y en a pas 50.000 : Casus, Backstab, D20 mag. J'en ai pas d'autres en tête.

Par contre, une de mes soirées enquête intitulée "Je mourrai en ce royaume." (j'ai jamais été fort pour les titres) va paraître dans un H.S. spécial murder du fanzine "Chrysopée".

D'après mes infos il y aura également une murder de Scat dans ce H.S. Que du bon quoi !

 

Murder2000 : Guillaume Montagne, c'est un nom de scène/plume/artiste ?

G.M. : Il est taquin... En fait, c'est un truc que je comprends vraiment pas : je suis quand même over connu all around the world (ça se voit pas trop à l'écriture, mais j'ai pris mon accent à la Jean Claude Van Damme).

Des hordes de fan campent devant chez moi; ma boite mail est saturée tous les jours; je reçois chaque matin des dizaines de sacs de lettres de gens qui m'admirent; dans la rue, les femmes se jettent sur moi pour m'arracher mes vêtements; il parait même que je suis considéré comme l'égal des Dieux au Japon et dans le Cantal; Spielberg et Lucas me font un pont d'or pour que je collabore avec eux et malgré tout ça, Casus Belli se goure en orthographiant mon nom !!! Incroyable non ? Bien évidemment, j'ai laissé l'affaire entre les mains de mes avocats.

Bon en fait, c'est juste une bourde de Casus. Maintenant, ça a bien fait marrer mes potes (et toi aussi visiblement), c'est l'essentiel.

 

Murder2000 : Depuis combien de temps êtes-vous scénariste de murders ?

G.M. : J'ai écrit ma première murder en 1997. La soirée s'appelle « Entre mer et lune ». Je l'ai écrite quelques semaines après avoir joué « l'ivresse des profondeurs ». On venait de découvrir les soirées enquête et on en était tout retourné : comment diable avions-nous pu passer à coté de ça ?? On était jeunes, inconscients, la tête plein d'idéaux, prêts à changer le monde. En fait, je m'étais inspiré de « le dirigeable des menteurs », un scénario paru dans Casus Belli et basé sur l'excellent jeu de rôle « L'appel de Cthulhu ». Ça m'a pas mal aidé pour poser les base du scénario de la soirée.

Jusque là et comme tout MJ je pense, j'avais écrit quelques scénarios de JdR pour jouer entre potes. Pour la première fois, je m'attaquais à un gros morceau puisqu'il me fallait TOUT rédiger.

Je crois que j'avais besoin de ce premier support pour me rassurer en quelque sorte. On s'est vraiment bien amusé à cette soirée, et du coup, j'ai continué sur ma lancée.

 

Murder2000 : En tant que joueur, qu'est-ce qui vous plait ou vous déplait dans certains scénarios ? Pourquoi ?

G.M. : En tant que simple joueur (tout comme en tant qu'auteur finalement), ce que je recherche avant tout, c'est le dépaysement. C'est être transporté dans un univers différent à chaque fois qui m'intéresse : passer du rôle d'un sombre pirate comme c'était le cas pour l'excellente murder écrite par Frédéric Barnabé «Un pirate ne meurt jamais » au rôle d'un ange comme dans « Dieu est mort » en passant par celui d'un gangster comme dans « Les salauds se cachent pour mourir » ; c'est vraiment génial.

Bien évidemment, le scénario en lui-même doit suivre...

 

Murder2000 : Comment définiriez-vous une bonne murder-party ?

G.M. : Une soirée enquête réussie est à mon avis fondée sur quatre éléments indispensables : une bonne ambiance, une intrigue bien ficelée, des personnages équilibrés et la famille.

Pour ce qui est de l'ambiance, je cherche avant tout à ce qu'elle soit dépaysante et classique en même temps. Dépaysante pour que les joueurs n'aient pas l'impression de rejouer la même murder à chaque fois. Classique pour que le joueur se sente déjà en terrain connu quand il arrive dans la partie. C'est pour ces deux raisons que je cherche toujours un thème fort, connu et commun à tous et souvent inspiré du cinéma ou de la télévision (western, slash movie, urgences etc.). Bien que je ne l'ai pas lue, « la doctrine Mc Beck » me semble intéressante au moins sur ce point là. Le thème (une secte zarbi) a le gros avantage d'être clair et défini au départ.

Une fois le thème bien cadré et défini, l'intrigue est plus facile à poser. Il faut qu'elle s'intègre parfaitement dans l'ambiance et qu'elle réserve son lot de surprises et de retournements de situation. Ma plus grande récompense est quand je vois l'émotion gagner un joueur soit parce qu'il a peur, soit parce qu'il s'est fait feinter (« c'est pas vrai, comment j'ai pu passer à coté de ça ??!! »), soit parce qu'il vient de découvrir un truc incroyable. Toutefois, là encore, la surprise ou le retournement de situation ne doit pas dépareiller d'avec l'ambiance.

Je reste assez déçu par les intrigues où tout d'un coup une part de fantastique totalement inattendue et souvent inappropriée à mon avis fait son apparition. À la rigueur, si tous les joueurs pouvaient s'en douter par le biais d'allusions dans les fiches de personnages ou d'un thème particulièrement évocateur (j'ai par exemple dans l'idée que personne n'aurait trouvé totalement inapproprié le fait de trouver une intrigue à la « Dr Jekyll et Mr Hyde » dans « Minuit dix à Whitechapel ») pourquoi pas, mais quand ça arrive comme un cheveu sur la soupe, je suis contre !

Enfin, les personnages doivent être équilibrés. Rien de pire qu'un joueur qui se retrouve avec un personnage qui en sait deux fois moins que son voisin et qui a l'impression d'être en dehors des discussions principales (ça m'est déjà arrivé en tant que joueur, et c'est assez frustrant je dois dire.).

 

Murder2000 : Et la famille ??

G.M. : Elle va bien, merci.

 

Murder2000 : Quelles sont les qualités du joueur idéal ?

G.M. : Le joueur idéal est évidemment celui qui s'implique dans son personnage que ce soit par son costume (très important le costume), son accent et autres détails pittoresques et sa motivation à dénouer l'intrigue. Accessoirement, s'il lit sa feuille de personnage avant de venir à la soirée, c'est un plus (je dis ça pour certains de mes joueurs qui se reconnaîtront.).

Mais avant tout, le joueur idéal doit avoir une sérieuse envie de s'amuser. Je dois dire qu'en fait, j'ai rarement vu de mauvais joueurs. Bien sûr, certains sont bien meilleurs acteurs (moi-même je suis assez mauvais acteur) et d'autres résolvent les énigmes avec plus de perspicacité. Mais dans l'ensemble, l'envie de jouer fait que dans à peu près toutes les parties, chacun a eu droit à son heure de gloire et personne n'est ressorti frustré d'une soirée.

Et puis je dois également dire que mes joueurs les plus anciens ont toujours eu le bon goût de faire participer et d'impliquer les nouveaux joueurs de façon à ce qu'ils ne se sentent pas exclus. C'est primordial dans une partie.

 

Murder2000 : Pourquoi les plaques d'égouts sont-elles rondes ?

G.M. : Pour pas les confondre avec des fraises des bois.

 

>Murder2000 : Racontez-nous une anecdote, un évènement lors d'une murder party ?

G.M. : Un soir en cours de partie, j'ai fait une découverte incroyable sur un de nos joueurs habituels (Didier pour ne pas le nommer). On avait tous dans l'idée qu'il ne lisait pas ses persos, qu'il venait aux murders en ayant une vague connaissance de l'histoire, et qu'il improvisait ses blagues (c'est bien lui qui est cité le plus grand nombre de fois dans nos rubriques "les meilleures répliques"). Et bien, en fait, il n'en est rien.

Didier prépare ses rôles de façon méthodique, relisant et analysant précisément chaque ligne du texte qui lui a été remis pour préparer la soirée. Je l'ai découvert en plein milieu de partie en tombant sur sa feuille de perso qui avait glissé de sa poche. Et aujourd'hui, je peux le révéler à la face du monde : Didier prépare ses blagues à l'avance !! (eh oui mesdames, messieurs, c'est incroyable mais c'est comme ça !) Il note scrupuleusement les jeux de mots et autres boutades qu'il va pouvoir faire en cours de partie. Et dire que je restais persuadé qu'il était drôle spontanément. Par contre, là où je lui tire son chapeau c'est que sous une apparence désinvolte frisant la gaudriole, il parvient la plupart du temps à dénouer pas mal d'intrigues et sait être sérieux quand il le faut. Comme quoi, il ne faut pas oublier que la soirée enquête reste avant tout un jeu où il convient de s'amuser.

Ah, j'ai aussi l'anecdote où il y a réellement eu un mort en cours de soirée, mais j'ai plus de place pour vous la raconter.

 

Murder2000 : Que pensez vous de l'initiative de MURDER2000 de rassembler en un seul lieu le plus grand nombre de scénarios pour tous types de joueurs ? (raâaah ça fait du bien un peu de lèche bottes)

G.M. : Depuis le fil à couper le beurre, on a pas trouvé mieux !! Ah si ! La sauce tomate en tube (c'est bon ça la sauce tomate en tube.)

 

Murder2000 : Quel est l'élément le plus important pour la réussite d'une murder party ?(réponses possibles : de bons joueurs, une ambiance du feu de Dieu, des morts par milliers et Samantha Fox en danseuse orientale)

G.M. : L'élément le plus important à mes yeux (et au risque de me répéter) reste tout de même l'ambiance générale. C'est vrai que j'affectionne plus particulièrement les ambiances fun à la Beverly Place ou Dieu est mort, où l'intrigue reste presque secondaire et où tu te fends la poire toute la soirée. Mais d'un autre coté, la soirée dont je suis le plus content techniquement et scénaristiquement (oui j'invente des nouveaux mots et alors ?) parlant fait moins dans la gaudriole puisqu'il s'agit de Meurtre à Casablanca. Oui, je sais, le titre est tout pourri.

 

Murder2000 : Quels seraient les conseils donner à un futur scénariste ?

G.M. : Je ne sais pas si j'ai vraiment des conseils à donner. Je vais plutôt essayer de décrire la façon dont je m'y prends pour écrire une soirée.

D'abord, je cherche un bon thème : il doit surprenant et classique à la fois (pour ceux qui suivent, je l'ai déjà expliqué en long, en large et en travers plus haut). Ça c'est la partie la plus facile. Le point de départ est souvent un film, un bouquin, une BD, une émission TV, un plat de lasagnes (c'est plus rare, mais ça arrive) etc. Ensuite, il faut asseoir l'intrigue. Ce que je fais d'habitude, c'est que je cherche les grosses intrigues ou anecdotes classiques qui portent autour du thème en question et je les liste. Par exemple pour « Minuit dix à Whitechapel » j'ai listé toutes les idées qui me venaient par rapport à ce thème : Jack l'éventreur, Jekyll and Hyde, Sherlock Holmes, H.G. Wells et sa machine à explorer le temps, les Indes, Jules Verne et le tour du monde en 80 jours, les sectes etc. Dans un premier temps, je cherche avant tout à taper dans le cliché quitte à modifier tout ça ensuite pour surprendre mes joueurs.

A coté de ces idées très simples, je décris une ou deux intrigues qui pourraient coller à l'idée en question et donc au thème. Là encore, ça tient en quelques lignes à peine. Ensuite, je laisse tout reposer pendant quelques jours et rapidement, les connexions possibles se font assez naturellement ; les différents personnages s'imposent, des intrigues s'éliminent d'elles-mêmes et d'autres prennent le dessus.

Je schématise alors le tout sur un brouillon (Robert connaît Marcel qui a couché avec Josiane, la belle soeur de Francis etc.). Une fois les persos définis dans les grandes lignes, je les équilibre tant bien que mal en les intégrant dans les différentes intrigues.

Ce que je fais assez souvent également c'est que je recherche des idées de scènes qui pourraient surprendre les joueurs. Généralement, j'y pense en fin de processus, quand tous les persos sont écrits. Mais l'idée peut venir dès le début : le point de départ de Beverly Place par exemple est uniquement le coup de fil ! Toute la soirée est partie de cette simple idée « eh, ce serait cool si en plein milieu de soirée, un gars téléphonait aux joueurs ! » (comme quoi, ça tient à pas grand chose).

Et enfin : les joies de la rédaction. Aaah, toutes ces heures passées à taper du texte avec mes petits doigts boudinés, à m'esquinter les yeux sur l'écran et à ressortir de cette expérience bronzé comme une endive. Un régal !

Murder2000 : Guillaume, merci.

 

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